Contesté, controversé, décrié, dénigré, critiqué, abhorré, honni, vomi, ce média lourd qu'est l'ex-RTA aura fait décidément l'unanimité contre lui. Et aussi loin qu'on remonte dans le temps, la Télévision algérienne a fonctionné quasiment en dehors de la société.
DÉCONNECTÉE, disjonctée, surpolitisée, elle a également échappé à ceux qui l'ont faite et façonnée dès le lendemain de l'Indépendance. Servante zélée des luttes d'appareil, agressive dans son mépris souverain du téléspectateur et insolente dans son impertinence, l'ex-RTA, pratiquement jamais en phase avec son époque et les mutations qui ont traversé la société, tournait donc le dos aux réalités qui, pourtant, elles, lui transmettaient des signaux évidents. Mais dit-on, n'est-ce pas, les chiens aboient, la RTA passe. Ni les rares chroniqueurs tus qui s'essayaient à la bousculer ni ce volumineux courrier qui l'abreuvait de critiques et d'insultes ne parviendront à bout d'une citadelle accrochée à son "
21 " comme il n'est pas permis. Langue de bois, discours ronronnants et ronflants, JT fleuve et soporifique, sujets bateaux, feuilletons à l'eau de rose, " moyenorientalisation " effrénée, vidaient ce média de sa raison d'être : informer et former.
Inféodée aux pouvoirs successifs qui ont eu à la régenter avec un sens de la manipulation phénoménal, la télévision algérienne allait sombrer dans une médiocrité (médiocratie) chronique.
Et les Algériens médusés par tant d'insoutenable légèreté bouderont comme de juste un média devenu par la bêtise et l'imbécillité des hommes, indigeste. Mais attention, il n'entre nullement dans notre intention ici de diminuer de l'immense mérite des pionniers de ce tout-puissant média dévoyé par des conflits d'intérêts, un régionalisme sans précédent et des lobbies qui achèveront de lui jeter opprobre et discrédit. Au grand dam des téléspectateurs que la fracture d'octobre et les événements sanglants et meurtriers qu'affrontait le pays allaient paradoxalement réconcilier - hélas l'espace d'un relais fugace - avec leur média.
Débats politiques de haute voltige mais avec des dérapages inévitables, émissions et documentaires éducatifs assez bien enveloppés donneront l'impression que l'ex-RTA « restructurée sort enfin de son ostracisme pour épouser l'air du temps.
Mais les pesanteurs et les pressions la ramèneront à la raison, la raison du plus fort s'entend. Et dès qu'embellie il y a, " on " s'arrangera toujours dans les cercles et sphères de décision divers à rappeler le énième dégé (ce qui est déjà assez significatif en soi) à d'autres fonctions.
Et si deux ou trois bons réalisateurs et quelque rare producteur d'émission ont réussi parfois à sauver la mise (les meubles), l'avènement de la généralisation de la parabole ne semble pas inquiéter outre mesure lartiya. Qui est pourtant dans l'obligation urgente de bouger.
Sinon, encore une fois, le débat se fera sans elle, voire même contre elle. A moins que trente-six ans après ...
A. Zentar
Demain l'Algerie Jeudi 29 octobre 1998